Si l'inflation a connu une envolée dans les années 1970 dans le monde entier, la deuxième moitié des années 1980 est au contraire caractérisée par une désinflation généralisée. Les années 1990 sont, elles aussi, marquées par une inflation très faible, mais ajoutée à un effondrement de la croissance économique, avant que survienne la reprise à partir de 1992 aux États-Unis, et de 1997 en France. Depuis, la persistance d'une inflation faible malgré une baisse du chômage massive aux États-Unis et importante en France, semble indiquer la non corrélation chômage-inflation donnée par la courbe de Philips : désormais, croissance forte et inflation semblent compatibles.
[...] Ces deux éléments constituent ce que l'on pourrait appeler l'explication new age de la stabilité de l'inflation : en contribuant à nourrir un sentiment d'insécurité des travailleurs, ils préviennent une hausse des salaires directement par la mise en sourdine des revendications salariales (à laquelle on préfère la dénonciation des prélèvements obligatoires), et indirectement par la stabilité de la fréquence des démissions volontaires (alors même que le chômage décroît) génératrices de tension sur le marché du travail Cependant, la persistance des déterminants “classiques” de l'inflation 2.1 Quelques éléments d'explication de la faible inflation des années 90 La nouvelle économie, entendue en tant que produit des vagues de progrès technologique lié aux nouvelles technologies de l'information et de la communication, et de déréglementation associée à la mondialisation et à la “révolution libérale” des années 80, n'explique cependant à elle seule la faiblesse de l'inflation en période de forte croissance. Elle tend même à cacher la persistance des déterminants “classiques” de l'inflation, dont l'éclipse tient pour une grande partie à des raisons conjoncturelles. a. Les anticipations d'inflation On a déjà indiqué que lorsque le taux de chômage était au-dessus de la valeur de référence constituée par le NAIRU, ceci entraînait une moindre rapidité de la hausse des salaires. [...]
[...] L'inflation est-elle définitivement vaincue ? 1. Certes, l'apparence d'une victoire sur l'inflation Les mécanismes de l'inflation 2. Les anomalies des années Cependant, la persistance des déterminants ?classiques? [...]
[...] Ce dernier déterminant permet de mettre l'accent sur la vision traditionnelle du lien entre croissance et inflation, dont le ressort principal passe par le marché du travail, et qui permet d'unifier explication de l'accélération de l'inflation par la demande et explication par l'offre. En effet : - c'est un accroissement durable de la demande, supérieur aux gains de productivité, qui pousse les entreprises à recruter ; - si la croissance de l'emploi qui en résulte est plus rapide que la croissance de la population active, alors le taux de chômage baisse ; - cette baisse du chômage, si elle amène le taux de chômage en deçà d'un certain seuil (appelé taux de chômage naturel, ou encore selon les termes friedmaniens, non-accelerating inflation rate unemployement, c'est-à-dire “taux de chômage non accélérateur du taux d'inflation” : c'est la “courbe de Philips”), la pénurie de main-d'œuvre sur certains segments du marché du travail génère des tensions à la hausse sur les salaires ; - ces hausses de salaire sont naturellement répercutées sur les coûts de production, et par conséquent sur les prix. [...]
[...] Un marché du travail tendu à l'extrême Alors qu'il y a danger de briser le cercle vertueux de la faible inflation, les hausses de taux directeurs récemment décidées par la Banque centrale européenne ainsi que par la Réserve fédérale trahissant qu'il y a péril en la demeure, la probabilité est grande de voir renaître l'inflation dès lors que les pays d'Europe continentale, qui approchent de leur haut de cycle économique, sont en passe de voir leur taux de chômage passer en deçà de leur NAIRU : un retour du dilemme de Philips, avec à la clef un choix politique ou économique entre chômage et inflation, ou encore entre chômage et réformes structurelles touchant le marché du travail ? Des pistes pour s'épargner un tel débat : les gains de productivité issus de la diffusion de l'innovation dans l'industrie, une réévaluation à la baisse des cours du pétrole, voire, dans le mouvement d'une renaissance keynésienne, une dédiabolisation de l'inflation et l'accommodement avec l'ennemi provisoirement vaincu des années 83 à 97. [...]
[...] Partant de la demande, l'approche est incontestablement keynésienne. Cependant, des facteurs d'offre peuvent affecter l'inflation indépendamment d'une hausse de la demande : d'une part, les mouvements des taux de change pouvant renchérir les matières premières et donc être traduits par une hausse des prix à l'importation, laquelle sera éventuellement répercutée sur les coûts de production et donc sur les prix à la consommation ; d'autre part, les hausses de salaires intervenant du seul fait d'anticipations de l'inflation à la baisse, indépendamment des considérations d'équilibre du marché Les anomalies des années 90 a. [...]
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