Droits LGBTQIA, approche synchronique, approche diachronique, thérapie de conversion, ordre public, homophobie, évangélisation, homosexualité, débat social, thérapie, corpus de travaux
Le 31 janvier 2022 était promulguée sur le territoire français la loi n°2022-92 interdisant les « pratiques visant à modifier l'orientation sexuelle ou l'identité de genre d'une personne ». Concrètement, cette loi vise à interdire toutes les formes actives ou passives, physiques ou psychologiques intentées par un individu ou un groupe d'individus envers les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles ou transgenres (ou considérées comme telles) dans le but de les conformer à une norme cis-hétéronormative - assimilant ces pratiques à des actes de torture, pénalement répréhensibles.
[...] Dans leur panorama des formes contemporaines des dispositifs de correction sexuelles et de genre, les deux chercheuses rappellent ainsi que « seule une vingtaine de régions dans le monde condamnent et interdisent officiellement les thérapies de conversion »6. Après la loi pionnière du 1er janvier 1999 promulguée au Brésil sous l'égide du Conseil fédéral de psychologie, on constate une accélération de la légifération des thérapies de conversion à partir du milieu des années 2010, et plus nettement encore à partir de 2020, dans la foulée de la résolution de l'ONU portée par l'avocat Victor Madrigal-Borloz. [...]
[...] C'est cette perspective qu'emprunte Léo Canal dans son travail de recherche sur Courage et Torrents de Vie, deux structures faisant la promotion des thérapies de conversion en France24. Toutes deux sont en effet issues de communautés religieuses étasuniennes : Desert Stream pour Torrents de Vie (fondée en 1980 aux États-Unis et importée en 1997 en France), et Courage New York pour Courage (également fondée en 1980 aux États-Unis et importée en 2014 en France). Sur le territoire français, ces deux structures se présentent sous la forme d'associations de loi 1901, et leurs statuts mettent l'emphase sur le consentement des participants tout en édulcorant les références explicites à l'orientation sexuelle et à l'identité de genre (auxquelles est d'ailleurs préféré le terme de « crise de l'identité »). [...]
[...] Elle montre notamment que la féminité de ces femmes d'hommes « ex-gays » est intégrée au parcours de « guérison » de l'homosexualité de leurs maris. Une féminité exacerbée, célébrée et mise en valeur comme preuve ultime du succès des thérapies de conversion. La communauté religieuse au sein desquelles ces thérapies sont menées fonctionne comme un appariteur marital, favorisant les contacts entre des jeunes hommes homosexuels et des femmes hétérosexuelles parfois plus âgées, qui prolongent le travail de conformation aux normes de genre dans la sphère domestique, assurant un contrôle continu sur le comportement et l'expression de ces « ex-gays ». [...]
[...] Pourtant, comme on a pu le montrer au cours de cet état de l'art, les sciences politiques et sociales nous permettent d'éviter deux écueils dans lesquels il serait aisé de tomber : la téléologie (« les thérapies de conversion sont un épiphénomène qui appartiendra bientôt au passé ») et l'immédiatisme (« les thérapies de conversion sont un épiphénomène nouveau et inédit, face auquel nous sommes démunis sur le plan analytique »). A cet égard, il semble donc que la recherche en sciences politiques et sociales sur les thérapies de conversion soit un terrain en pleine expansion mais encore très neuf, en attente de son ouvrage de référence. [...]
[...] Le caractère paradoxal de cette troisième voie évangélique explique donc son succès auprès des personnes LGBT chrétiennes, qui y trouvent le reflet de leurs contradictions internes en même temps que la promesse de leur résolution. Enfin, son rejet simultané des positions conservatrices et libérales en ce qui concerne l'homosexualité et la transidentité lui permet de recruter un public au-delà des frontières politiques et partisanes. Par leurs travaux respectifs, Michelle Wolkomir et Tanya Erzen mettent donc en lumière les façons spécifiques dont s'opère ce que nous pouvons ici appeler la fabrique du refoulé, c'est-à-dire la construction collective de la honte et du dégoût pour l'expression de désirs homosexuels ou d'une dysphorie de genre. [...]
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