Nouveaux Essais sur l'entendement humain, Leibniz, âme, pensée, Locke, sommeil, réflexion
Leibniz prend position au sein d'une controverse qui a parcouru le XVIIe siècle, sur la question de savoir si l'âme pense toujours. Dans le cadre de ces débats, l'état de sommeil est apparu comme un cas paradigmatique du problème posé, dans la mesure où sont endormies nos perceptions, et nos pensées sont soit particulièrement faibles, indistinctes, soit tout simplement absentes. Descartes, Locke, Pascal, Montaigne en philosophie, mais aussi Shakespeare ou Calderón, en littérature, se sont confrontés à cette épineuse question. En l'occurrence, c'est la thèse de Locke qui est visée ici par Leibniz, plus précisément son Essai sur l'entendement humain, que les Nouveaux Essais sur l'entendement humain s'efforcent de réfuter.
[...] Il est intéressant de souligner la stratégie argumentative que Leibniz prête au personnage de Philalèthe. Ce dernier établit une égalité entre deux rapports, c'est-à-dire une analogie, la perception des idées est à l'âme ce que le mouvement est au corps de sorte que A/B = C/D. En réalité, une première analogie l'a précédée : la pensée est à l'âme ce que l'étendue est au corps, car la pensée et l'étendue sont les deux attributs sans lesquels respectivement l'âme et le corps ne sauraient exister. [...]
[...] Je sais bien qu''il y a une opinion qui pose que l'âme pense toujours, et que la pensée actuelle est aussi inséparable de l'âme que l'extension actuelle est inséparable du corps. § 10. Mais je ne saurais concevoir qu'il soit plus ne?cessaire l'a?me de penser toujours qu'aux corps d'entre toujours en mouvement, la perception des ide?es e?tant l'a?me ce que le mouvement est au corps. Cela me parait fort raisonnable au moins, et je serais bien aise, Monsieur, de savoir votre sentiment la?-dessus. [...]
[...] Cependant, Philalèthe pointe une difficulté, il exprime une réticence qui l'empêche d'adhérer complètement à la thèse d'après laquelle l'âme pense toujours : admettons que l'âme soit une substance pensante, qu'est-ce que la pensée, sinon un mouvement Il faudrait donc que l'âme soit toujours en mouvement pour continuer à être ce qu'elle est. Une âme qui cesserait de penser ne serait plus. Or, Philalèthe se refuse à suivre une telle hypothèse. En effet, de même qu'un corps au repos est toujours un corps, que l'absence de mouvement ne remet pas en cause son existence, pourquoi ne pourrait-on pas affirmer que l'âme continue d'être ce qu'elle y compris lorsqu'aucun mouvement ne se produit en elle, autrement dit lorsqu'elle ne pense pas ? [...]
[...] En l'occurrence, c'est la thèse de Locke qui est visée ici par Leibniz, plus précisément son Essai sur l'entendement humain, que les Nouveaux essais sur l'entendement humain s'efforcent de réfuter. Dans ce dialogue imaginaire, Philalèthe incarne la position empiriste, tandis que Théophile est le représentant du rationalisme, de sorte que ce personnage est le double littéraire, fictif, de Leibniz ; derrière les paroles de Théophile c'est la voix de Leibniz lui-même qu'il faut entendre. Autrement dit, les thèses défendues par Théophile sont celles que l'on doit attribuer à Leibniz. [...]
[...] Dans ce but, nous devons nous référer à la théorie leibnizienne des petites perceptions, qui énonce que nous ne prêtons attention qu'aux impressions les plus saillantes, les plus distinguées. Certaines perceptions passent au premier plan au sein de l'expérience perceptive globale, d'autres sont reléguées à l'arrière-plan, dans des couches toujours plus profondes, des plis et des replis, elles s'évanouissent insensiblement (non pas tant parce qu'elles seraient trop nombreuses que parce qu'elles seraient en quelque sorte inutiles, superflues à notre expérience qui s'en trouverait obscurcie plutôt qu'améliorée). [...]
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