Le texte de Platon, décortiqué

« [Il est nécessaire aux hommes de se donner des lois et de vivre conformément à ces lois, sous peine de ne différer en rien des bêtes les plus sauvages. Voici quelle en est la raison : aucun homme ne naît avec une aptitude naturelle à savoir ce qui est profitable pour la vie humaine en société, et même s'il le savait, à pouvoir toujours faire et souhaiter le meilleur.] 

Premier paragraphe : Platon détermine l’incapacité de l’homme à vivre en société sans les lois.

[Car en premier lieu, il est difficile de comprendre que l'art politique véritable doit prendre soin, non du bien particulier, mais du bien général - car le bien général rassemble, tandis que le bien particulier déchire les sociétés ; et le bien commun tout autant que le bien particulier gagnent même tous les deux à ce que le premier plutôt que le second soit assuré de façon convenable. En second lieu, même si l'on était assez habile pour se rendre compte que telle est la nature des choses, et qu'on ait à gouverner un État avec un pouvoir absolu et sans rendre aucun compte, on ne pourrait pas rester fidèle à ce principe et faire passer pendant toute sa vie le bien commun de la société au premier rang et le bien particulier au deuxième.]  

Deuxième paragraphe : Platon justifie le besoin de rendre le bien commun prioritaire vis-à-vis du bien particulier.

[En fait la nature mortelle de l'homme le portera toujours à vouloir plus que les autres et à s'occuper de son bien particulier, parce qu'elle fuit la douleur et poursuit le plaisir sans tenir compte de la raison, qu'elle les fera passer l'une et l'autre avant le plus juste et le meilleur, et, s'aveuglant elle-même, elle finira par se remplir, elle et toute la société, de toutes sortes de maux. ]»

Troisième paragraphe : Platon rappelle la nature ambitieuse de l’homme et évoque certains troubles de la vie en société.

- Platon, Les Lois (IVe siècle av. J.-C.)

 

Explication du texte

Dans cet extrait Des Lois, Platon s’intéresse à la concurrence des intérêts particuliers, ils sont selon lui les causes des maux de la société. Il défend alors l’idée des lois comme étant le cadre dans lequel les hommes répondent en priorité au bien général plutôt qu’au bien individuel. L’intérêt philosophique est majeur car Platon appartient au mouvement idéaliste, il s’agit donc de défendre ici une thèse qui n’est pas encore établie comme commune et acquise. Dans ce texte, le problème est donc de savoir en quoi les lois sont essentielles à la vie en société de l’homme. L’auteur commence par énoncer la nature humaine comme étant non civilisée, il rappelle ensuite que la priorité politique se doit d’être le bien général, enfin, il évoque certains abus de pouvoir.


Lorsque Platon évoque les “bêtes sauvages les plus sauvages”, il cherche à illustrer par la métaphore l’anarchie que serait de vivre sans les lois. On doit donc comprendre par ce passage que les lois ont pour but de faire régner l’ordre public par une certaine discipline morale. Le fondement même de l'État est donc défini comme étant un gouvernement d’une population en vue de vivre en société.  

Hobbes partage la même vision de l’homme à “l’état de nature”, il évoque des relations conflictuelles et des rapports naturellement destructeurs par une agressivité spontanée. Cependant, Rousseau oppose l’état de nature de l’homme à l’état “de guerre” qui comprend selon lui des enjeux sociaux. Concernant la nature profonde de l’homme, il estime que chacun peut répondre à ses besoins, et que c’est la mise en place de la société qui a corrompu l’homme. Il estime la solitude comme favorable à l’individu. 

Ensuite, Platon évoque “l’art politique”. Cette métaphore compare la politique à un art, rendant la pratique politique difficile car elle doit penser aux enjeux du bien général. De plus, il montre les avantages perçus par chaque individu dans le cas d’un bien commun prioritaire : “le bien commun tout autant que le bien particulier gagnent même tous les deux à ce que le premier plutôt que le second soit assuré de façon convenable”. Les termes “premier” et “second” viennent procéder à une forme de répétition détournée qui insiste sur la supériorité qui doit être accordée au bien commun. La notion d'État est alors en jeu, Platon place ici le pouvoir politique et administratif dans une posture qui se veut démocratique. Le peuple, en se soumettant au bien général, appartient à une société qui lui apporte en retour une forme de protection. Cela suggère le contrat social comme étant une coexistence de chacun dans une société pacifique régie par des lois. 

Hobbes pense cependant que la fondation de l’Etat correspond à une intention des hommes de recevoir une protection de leur vie et de leurs biens, ce qui amène à penser que le bien commun est une façon pour l’homme de profiter de ses biens particuliers. Rousseau, quant à lui, évoque la nécessité d’une société lorsque les hommes ne peuvent plus subvenir à leurs besoins seuls, notamment dans le cas d’une vie collective.


Enfin, Platon revient sur le fonctionnement de l’Etat et explicite que l’homme est ambitieux qui “fuit la douleur et poursuit le plaisir”. La discipline des lois devient alors le symbole de la raison qui s’oppose à la nature humaine, elle permet de respecter les limites des biens personnels afin de toujours faire valoir le bien commun dans un sens moral. Cette façon de traiter la nature de l’homme montre une certaine dégradation de son image en tant qu’homme individuel.

Afin de garantir tout de même les libertés individuelles, Rousseau fonde la théorie de l’Etat de droit. C’est un État où les libertés individuelles sont garanties et où tous sont traités de la même façon par les lois. C’est aujourd’hui l’un des piliers de la démocratie. Afin de reformuler les propos de ces auteurs, nous pouvons déterminer une définition du droit formulée comme suit : le droit est un ensemble de règles afin que la vie en société soit organisée. Le droit est assuré par les lois.

 

Pour conclure, Platon a montré la nécessité des lois afin d’ériger le système de la vie humaine en société, cela correspond à une évolution de la nature humaine qui est reconnue comme libre mais anarchiste s’il s’agit d’une société sans cadre. Bien que idéaliste, Platon a permis de mettre au point, grâce à ses dialogues, à une remise en question de la condition de l’homme et du fonctionnement du pouvoir politique. 

Bibliographie

      Platon, Les Lois (IVe siècle av. J.-C.)

      Hobbes, Léviathan (1651)

●      Rousseau, Du contrat social (1762)